Une micronouvelle matérialiste : Prefer crying in a limo to laughing on a bus

Je préfère pleurer dans une limo à rire dans un bus
John Giorno Prefer crying in a limo to laughing on a bus

Je préfère pleurer dans une limousine à rire dans un bus. Je m’étais dit ça très jeune, à treize ans, quand mes parents m’avaient expliqué que cette année encore, nous ne partirions pas en vacances. Pour la huitième année de suite.

Je ne me plaignais plus, je tirais la tronche. Mes vieux feignaient de ne rien voir. Ils étaient heureux, s’aimaient et s’en foutaient de l’argent. Ils se moquaient aussi des voyages et d’une manière générale de beaucoup de choses, y compris de moi, de mes envies de mer, de montagne, de campagne… Tout sauf rester là, à contempler l’immeuble moche d’en face avec la télé en fond sonore.

D’ailleurs, j’avais bien regardé, personne, personne ne riait jamais dans le bus, tout le monde faisait la gueule. Alors j’ai travaillé dur, avec ardeur, assez pour avoir une limo et un chauffeur. Ça m’a pris du temps, des années.

Je suis revenue voir mes parents pour la leur montrer et les emmener faire un tour. La bouche close, ils ouvraient de grands yeux, n’osaient rien toucher, un peu perdus dans la voiture gigantesque. Nous sommes redescendus, ils m’ont fait la bise, m’ont dit « On est contents pour toi » sans en penser un mot.

Nous nous sommes séparés là. J’ai rejoint la limo, me suis installée sur la banquette en cuir avant de me retourner pour les regarder encore un instant. Mon père entourait ma mère de son bras pour l’aider à gravir les marches de l’immeuble. Ils étaient vieux maintenant.

J’ai indiqué l’adresse d’un grand restaurant avant de remonter la vitre opaque pour m’isoler du chauffeur. Et j’ai pleuré.

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Pour découvrir John Giorno, dont l’oeuvre a inspiré cette micronouvelle, un petit lien : http://www.palaisdetokyo.com/fr/evenement/john-giorno

 

Enfin, Paris in utero est disponible en version papier !

Paris in utero
Paris in utero

Il m’aura fallu du temps, bien du temps, pour affronter la terrible réalité : une partie d’entre vous reste attachée à l’objet livre dans sa version la plus ordinaire. Foin d’encre numérique, de liseuse ou d’ignoble smartphone qui flingue les yeux : vous voulez de l’encre sur du papier et une couverture illustrée à exhiber dans les transports publics. Et bien soit ! Vous l’avez ou du moins vous pouvez l’avoir en commandant le livre sur Amazon.

C’est pour moi aussi un aboutissement, même si je suis devenue une grande fan de ma liseuse, l’amie de mes insomnies avec son écran qui permet de lire dans le noir. Il n’y a pas à dire, tenir le livre dans ses mains, avec sa nouvelle couverture qui déchire, me fait un petit quelque chose : une étape de plus dans mon parcours d’autrice indépendante.

Au passage, je suis bluffée par la qualité de l’objet : l’illustration de couverture sort bien, la qualité d’impression à l’intérieur est bonne et je me réjouis d’avoir choisi le papier crème, tellement plus chic !

Alors voilà, si vous êtes de la vieille école et souhaitez acheter un exemplaire papier de Paris in utero, c’est ici : Oh oui, il est trop beau, je le veux !

Et si vous êtes technophile, pour la version numérique : Il est trop beau aussi, et en plus je sauve un arbre, ou presque !

Et pour ceux qui tomberaient sur cet article un peu par hasard, cliquez ici pour retrouver le résumé 

 

Une micronouvelle monstrueuse : La Belle et la bête

Cocteau Jean Marais
La Belle et la bête

Dans sa jolie robe blanche en mousseline de soie, avec ses cheveux ondulés retenus par un ruban bleu, Belle est si délicate, abandonnée, évanouie dans mes bras… Je frémis à l’idée qu’elle se réveille et crie d’horreur en me voyant moi, si bestial, si abject.

Mon physique d’abord, difficile selon ma propre mère. Ces poils qui recouvrent tout mon corps comme un animal sauvage, mes mains et mes pieds énormes, griffus, et jusqu’à cette voix rauque, plus proche du feulement du tigre que de la parole humaine.

Je l’ai observée à distance, avant de l’emmener dans mon château. Je l’ai vue, si raffinée, servir le thé dans son jardin, saisissant sa tasse en gardant le petit doigt levé.

En rentrant, j’ai voulu l’imiter, réussissant à briser la moitié du service en porcelaine dont j’ai hérité. Je suis indigne d’elle, à jamais, aussi désarmé pour la séduire qu’un pot de chambre. Je suis la bête, un animal, tout juste bon à la capturer, l’emprisonner pour qu’elle devienne mienne.

Qu’ai-je fait ? Déjà elle soupire, ses yeux s’entrouvrent. Pourtant, je reste auprès d’elle, préférant affronter ses hurlements. Ses yeux s’écarquillent lorsqu’elle me voit. De la surprise, de l’étonnement, mais pas d’effroi, pas de terreur.
Elle s’assoit, passe sa main dans ma crinière – comment qualifier de chevelure cette touffe hirsute – et elle dit :
— Enfin c’est toi, mon lion, mon gros chat !

Une micro-nouvelle qui donne les crocs: Reines et rois de la nuit

Vampires en villeLa nuit tombe. Un voisin diffuse de la musique au max et incendie le quartier. Je grimpe au sommet de l’immeuble pour mieux voir la ville. Je ne suis pas la seule, bientôt nous sommes plusieurs dizaines, dressés sur les toits de tuiles.

La cité et le temps nous appartiennent jusqu’à l’aube. Nous sommes les reines et les rois, et bientôt nous allons prendre notre envol. Nous planerons au-dessus du fleuve, dans le claquement doux de nos ailes de soie. Nous trouverons chacun la chaleur, la tendresse du creux d’un cou, la palpitation inquiète d’une jugulaire. Nous boirons à la beauté des étoiles et aux rêves merveilleux des humains.

Car nous buvons leurs songes encore bien davantage que quelques gouttes de leur sang. Nous les possèderons jusqu’aux premières lueurs de l’aube et les laisserons hagards, fatigués, étrangement heureux et anémiés.

Chaque nuit, nous nous élançons dans le ciel aux milliards d’étoiles.

Nous sommes les reines et les rois, nous sommes les maîtres des rêves et du monde.

La Vengeance sans nom de Jeanne Sélène

Parfois j’ai des envies de dragons, parfois d’elfes.

La vengeance sans nom de Jeanne Sélène
La vengeance sans nom

Parfois j’ai des envies de dragons, parfois d’elfes. Des désirs d’imaginaire et de merveilleux, à assouvir au plus vite. Ne me demandez pas pourquoi. On est nombreux dans ce cas. Et les écrivains prêts à nous satisfaire ne manquent pas. Chaque auteur à partir de ces êtres magiques va créer un univers, un monde, une société plus ou moins calqués à partir de chefs-d’œuvre de la Fantasy. Aujourd’hui, je vais vous parler des elfes de Jeanne Sélène. Oubliez Galadriel et Legolas.

Dans la Vengeance sans nom, les elfes sont un peuple assez béni pour jouer, se lier à un arbre et vivre une vie proche de la nature. Une existence joyeuse mais sans profondeur, loin de la spiritualité typique des elfes de Tolkien. Frivoles et insouciants, ils s’amusent et dansent. Rien ne les prépare à affronter l’adversité. Pourtant, les ténèbres et le danger se rapprochent et menacent l’univers d’Astheval, sans que les elfes mesurent l’immensité du mal prêt à s’abattre sur eux.

Grandeur de la tragédie humaine

La jeune elfine Sylvea, dont le compagnon a été assassiné par l’ombre, doit partir vers le monde des hommes pour accomplir sa vengeance et sauver Astheval. Elle y découvre une culture marquée par le tragique, la brièveté de la vie ainsi que des humains capables d’empathie et d’amour. Et l’héroïne, au contact de ces étranges créatures que sont ses nouveaux amis, voit son échelle de valeurs évoluer…

La narration mêle astucieusement sa quête et celle passée d’un autre elfe, donnant du dynamisme et un mystère supplémentaire à l’histoire. C’est bien écrit, fluide, une lecture donc tout à fait recommandable pour les amateurs de fantasy !

PS Pour la petite histoire, Jeanne Sélène féminise les noms d’elfes en retrouvant avec « elfine » une forme féminine déjà employée à la fin du 19e !

Pour retrouver cette histoire en format numérique et papier, c’est ici !

Jeanne Sélène a écrit d’autres romans dans des genres variés fantasy, dystopie, contemporain et jeunesse. https://jeanne-selene.com/