Une micro-nouvelle qui donne les crocs: Reines et rois de la nuit

Vampires en villeLa nuit tombe. Un voisin diffuse de la musique au max et incendie le quartier. Je grimpe au sommet de l’immeuble pour mieux voir la ville. Je ne suis pas la seule, bientôt nous sommes plusieurs dizaines, dressés sur les toits de tuiles.

La cité et le temps nous appartiennent jusqu’à l’aube. Nous sommes les reines et les rois, et bientôt nous allons prendre notre envol. Nous planerons au-dessus du fleuve, dans le claquement doux de nos ailes de soie. Nous trouverons chacun la chaleur, la tendresse du creux d’un cou, la palpitation inquiète d’une jugulaire. Nous boirons à la beauté des étoiles et aux rêves merveilleux des humains.

Car nous buvons leurs songes encore bien davantage que quelques gouttes de leur sang. Nous les possèderons jusqu’aux premières lueurs de l’aube et les laisserons hagards, fatigués, étrangement heureux et anémiés.

Chaque nuit, nous nous élançons dans le ciel aux milliards d’étoiles.

Nous sommes les reines et les rois, nous sommes les maîtres des rêves et du monde.

La Vengeance sans nom de Jeanne Sélène

Parfois j’ai des envies de dragons, parfois d’elfes.

La vengeance sans nom de Jeanne Sélène
La vengeance sans nom

Parfois j’ai des envies de dragons, parfois d’elfes. Des désirs d’imaginaire et de merveilleux, à assouvir au plus vite. Ne me demandez pas pourquoi. On est nombreux dans ce cas. Et les écrivains prêts à nous satisfaire ne manquent pas. Chaque auteur à partir de ces êtres magiques va créer un univers, un monde, une société plus ou moins calqués à partir de chefs-d’œuvre de la Fantasy. Aujourd’hui, je vais vous parler des elfes de Jeanne Sélène. Oubliez Galadriel et Legolas.

Dans la Vengeance sans nom, les elfes sont un peuple assez béni pour jouer, se lier à un arbre et vivre une vie proche de la nature. Une existence joyeuse mais sans profondeur, loin de la spiritualité typique des elfes de Tolkien. Frivoles et insouciants, ils s’amusent et dansent. Rien ne les prépare à affronter l’adversité. Pourtant, les ténèbres et le danger se rapprochent et menacent l’univers d’Astheval, sans que les elfes mesurent l’immensité du mal prêt à s’abattre sur eux.

Grandeur de la tragédie humaine

La jeune elfine Sylvea, dont le compagnon a été assassiné par l’ombre, doit partir vers le monde des hommes pour accomplir sa vengeance et sauver Astheval. Elle y découvre une culture marquée par le tragique, la brièveté de la vie ainsi que des humains capables d’empathie et d’amour. Et l’héroïne, au contact de ces étranges créatures que sont ses nouveaux amis, voit son échelle de valeurs évoluer…

La narration mêle astucieusement sa quête et celle passée d’un autre elfe, donnant du dynamisme et un mystère supplémentaire à l’histoire. C’est bien écrit, fluide, une lecture donc tout à fait recommandable pour les amateurs de fantasy !

PS Pour la petite histoire, Jeanne Sélène féminise les noms d’elfes en retrouvant avec « elfine » une forme féminine déjà employée à la fin du 19e !

Pour retrouver cette histoire en format numérique et papier, c’est ici !

Jeanne Sélène a écrit d’autres romans dans des genres variés fantasy, dystopie, contemporain et jeunesse. https://jeanne-selene.com/

 

Une micronouvelle enflammée : Autodafés

Nous avions mêlé nos livres…

Autodafe

La nuit avait fini par tomber, tiède et parfumée. Comme les jours précédents, j’avais envie de prolonger la soirée. Alors je suis parti sélectionner quelques livres dans ma bibliothèque, ou plutôt, notre bibliothèque, puisque nous avions mêlé nos livres. Nous étions amoureux. Ce sont des choses qui se font.

J’inclinai la tête pour lire les titres. Je fronçais toujours un peu les sourcils lorsque je tombais sur un des siens. Encore un Marc Lévy, bon sang, je n’en viendrais jamais à bout. Pas croyable, le dernier Musso, tiré à un million d’exemplaires, traduit en quarante langues. Pour ce que j’en savais, des histoires d’amour avec des types riches, créchant dans des lofts à New York. Là, j’avais deux livres parfaits pour me détendre.

Je sortis dans la cour et les déposai au milieu, à terre, sur les gravillons. Je partis dans le garage. Il était encombré par des palettes, chargées de cartons de plus en plus poussiéreux. A l’intérieur, des milliers d’exemplaires de mes romans. Sa voix résonnait encore dans ma tête :
— Tu crois vraiment que tu vas réussir à les vendre par Internet? T’en as fait imprimer beaucoup quand même ?

Elle aurait préféré faire quoi avec l’argent dépensé ? Prendre des vacances ? Elle croyait pas en moi, c’est tout, j’aurais dû m’en rendre compte plus vite. Surtout quand elle est partie, il y a six mois, sans retour.

Mais du passé, il faut faire table rase. J’ai pris mon petit jerrican, je suis retourné dans la cour, j’ai arrosé les deux livres d’essence et j’y ai mis le feu. Pour être honnête, pas sûr qu’il y ait besoin d’essence, ça brule bien les romans à la mode.

Comment résumer un livre en une image : le drame de la couverture !

Le grand match !

La couverture, le nerf de la guerre parait-il pour vendre un livre sur Internet et en librairie. Oui, mais, comment résumer un roman en une image ? L’auteur n’est pas forcément le mieux placé pour ça. C’est bête, un auteur (une autrice aussi d’ailleurs), ça voudrait tout mettre, faire passer la substantifique moelle de son bouquin. Comme c’est impossible, arrive l’heure des choix. Et pour Paris in utero, cette heure vient de sonner avec trois couvertures aussi belles les unes que les autres et pourtant très différentes. Et comme les romanciers ne sont pas forcément les meilleurs juges, j’ai demandé à mes amis Facebook et Twitter de m’aider.

Le grand match des couvertures

La grande perdante !

Paris in utero Kyoto apocalypseLargement distancée, elle a ses fans. Pourtant, trop japonisante, avec un côté mélancolique et recueilli, elle n’indique pas grand-chose du contenu réel du roman et d’ailleurs, aucun des lecteurs de Paris in utero ne l’a choisie. Il faudrait que j’écrive une romance post-apocalyptique intitulée Kyoto in utero pour l’utiliser. Je garde l’idée au cas où, sait-on jamais !

 

Et après le duo de choc, si difficile à départager !

Paris in utero villeLa couverture bleu et jaune récolte 25 votes, dont six lecteurs de Paris in utero qui trouvent qu’elle illustre bien l’histoire. Le souci, c’est qu’elle évoque elle aussi un côté post-apocalyptique à plusieurs de ses fans. Là, ça m’en bouche un coin, car vraiment, je n’avais pas du tout perçu cet aspect. On appelle ça la polysémie de l’image : un visuel ne symbolise pas la même chose pour différentes personnes. D’où l’intérêt de faire réagir un maximum de gens avant de prendre une décision.

La couverture rose, si rose, trop rose ?

Paris in uteroElle reçoit 25 votes dans la mesure où j’ai bien le droit de m’exprimer aussi ! Elle correspond à l’histoire pour huit lecteurs, un léger avantage, pas vraiment représentatif. Certains la trouvent trop rose… Là où elle fait la différence, c’est dans l’engagement : ceux qui l’aiment la surkiffent ! Avec enthousiasme et passion : « j’aime, j’aime, j’aime », « aimantée », « j’adore » ou « elle est trop stylée ». Et ça, j’ai l’impression que c’est exactement ce que l’on recherche au moment d’illustrer son livre. Du coup, sauf coup de théâtre, elle est la grande gagnante !

Et à tous ceux qui m’ont dit : la silhouette de la une avec les couleurs de la deux et le décor de la trois, en changeant les contrastes, soyez sympas, ne vous approchez jamais d’un graphiste, vous allez le rendre dingue !

Piment, gingembre et chocolat !

Archéologie de l’écriture : la première micronouvelle que j’ai écrite !

Gateau au chocolat très coulantDes années pour mettre au point un dessert aphrodisiaque ! Je m’étais fixé une contrainte : pas de bois bandé. Pour deux raisons : son gout amer abject et surtout, sa réputation incertaine sur la libido féminine.
Concevoir un gâteau au chocolat avec du piment et du gingembre, une mission simple mais délicate, dans la mesure où il devait remplir sa mission secrète tout en restant bon. Ça m’a pris du temps, car il fallait tester les propriétés. Le plus long, ce n’était pas la confection de l’appareil, ni sa cuisson. Non, il me fallait des mois, des années de recherche afin d’attirer chez moi une femme susceptible de le gouter.
Du coup, j’ai mis dix ans à parfaire la recette.
Ma première conquête est partie en courant, la bouche en feu. Trop de piment.
Trois ans plus tard, la deuxième est partie en coulant : chargé en chocolat et sorti trop tôt du four.
Le troisième essai fut le bon. Je n’avais pas lésiné sur les ingrédients, faut dire. Mon invitée avait à peine avalé une bouchée que son œil s’illumina d’une lueur fauve.
— Mmmh ! Un amateur de sortilège culinaire.
J’avais chaud tout à coup sous son regard, ça bastonne le gingembre et le piment quand même.
— Oui, j’aime la pâtisserie, dis-je, d’une petite voix.
— Reprenez-en encore, de votre bon gâteau.
— Vraiment ?
— Oui, vraiment, dit-elle d’une voix suave.
J’avalai un morceau, manquai de m’étrangler, sentit le feu des épices m’enflammer. Quand elle s’approcha de moi pour m’embrasser, je compris que j’étais… cuit.