Une micronouvelle enflammée : Autodafés

Nous avions mêlé nos livres…

Autodafe

La nuit avait fini par tomber, tiède et parfumée. Comme les jours précédents, j’avais envie de prolonger la soirée. Alors je suis parti sélectionner quelques livres dans ma bibliothèque, ou plutôt, notre bibliothèque, puisque nous avions mêlé nos livres. Nous étions amoureux. Ce sont des choses qui se font.

J’inclinai la tête pour lire les titres. Je fronçais toujours un peu les sourcils lorsque je tombais sur un des siens. Encore un Marc Lévy, bon sang, je n’en viendrais jamais à bout. Pas croyable, le dernier Musso, tiré à un million d’exemplaires, traduit en quarante langues. Pour ce que j’en savais, des histoires d’amour avec des types riches, créchant dans des lofts à New York. Là, j’avais deux livres parfaits pour me détendre.

Je sortis dans la cour et les déposai au milieu, à terre, sur les gravillons. Je partis dans le garage. Il était encombré par des palettes, chargées de cartons de plus en plus poussiéreux. A l’intérieur, des milliers d’exemplaires de mes romans. Sa voix résonnait encore dans ma tête :
— Tu crois vraiment que tu vas réussir à les vendre par Internet? T’en as fait imprimer beaucoup quand même ?

Elle aurait préféré faire quoi avec l’argent dépensé ? Prendre des vacances ? Elle croyait pas en moi, c’est tout, j’aurais dû m’en rendre compte plus vite. Surtout quand elle est partie, il y a six mois, sans retour.

Mais du passé, il faut faire table rase. J’ai pris mon petit jerrican, je suis retourné dans la cour, j’ai arrosé les deux livres d’essence et j’y ai mis le feu. Pour être honnête, pas sûr qu’il y ait besoin d’essence, ça brule bien les romans à la mode.

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