Dénudé

Une micronouvelle comme une expérience intime, une troublante première fois…

Il est là, avec son matériel d’électricien, à genoux, devant les fils dénudés. Il a arraché la gangue de plastique et mis à nu le fil de cuivre. Il ne bouge plus. Il repense à la nuit dernière, contemple ses mains épaisses d’homme du bâtiment, grossières, aux ongles pas toujours nets à force de trainer dans la poussière. Ces mêmes mains, la nuit dernière, ont déboutonné une chemise avec une délicatesse nouvelle, dont il ne se serait pas cru capable. Il a effleuré du bout des doigts ce torse à la peau tendre et douce. Une peau blanche qui frémissait au moindre contact. Il ne sait pas bien pourquoi il était là, peut-être n’aurait-il pas dû. Mais il a continué, dégagé les hanches, les cuisses et le reste. Il s’est assez approché pour respirer l’odeur secrète de sa chair, l’incorporer à sa mémoire.
L’autre l’a défié du regard. Alors il a arraché son t-shirt, l’a jeté à ses pieds. Son buste épais, poilu, sans finesse, comme une ébauche, une expérience un peu ratée. Il a tremblé à son tour sous le frôlement des doigts, mais il a tenu bon. Il a laissé dévoiler son corps en fermant les yeux. Il était là, enfin, offert, dégagé de sa gangue protectrice. Il a suffi d’accepter, sans rien dire. Il a suffi d’oublier la honte. Être dénudé.

 

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