Vertige du néant

Aujourd’hui, une micronouvelle qui flirte avec la physique quantique !

Les gens n’aiment pas la téléportation. Ils détestent cet instant où chaque cellule de leur corps se désagrège, se dissout dans l’océan des probabilités quantiques.

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Certains ont juré de ne pas s’y soumettre. Leur religion soutient que rien ne saurait désunir ce que Dieu a créé. Si d’autres mondes existent, sont peuplés, rien n’autorise les croyants à s’y rendre. À leurs yeux, rien ne prouve qu’une personne téléportée conserve son intégrité. Des éléments, des ondes, des atomes étrangers pollueraient votre âme plus surement que le péché. Les plus superstitieux prétendent que le diable se cache derrière tout ça.

Ce sont des extrémistes. Pourtant, dans le cercle plus large des modérés, on trouve souvent chez les passagers cette anxiété, cette peur primitive de se retrouver mêlé un très bref instant au cœur du rien, dissout dans l’univers et d’y rester. Je fais partie des rares voyageurs à ne connaitre aucune appréhension. En fait, j’aime le néant. Je m’y baigne avec délectation. L’idée folle de traverser l’espace, me recombiner avec la poussière du cosmos m’enthousiasme, me réconforte aussi. J’ai l’espoir d’en ressortir plus vivant, plus sage, métissé avec la toile de fond de l’univers. Et je rêve en secret d’un accident, une panne d’exploitation, une erreur impossible pour m’y perdre à tout jamais et t’y retrouver peut-être.

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