Murakami et moi, c’est pas le grand amour…

Haruki Murakami m’avait été recommandé par quelques lecteurs aguerris dont je connais et partage parfois les gouts. Sur le papier, ça collait : l’auteur flirte avec le fantastique, la SF, mes genres préférés. A l’arrivée, une grosse déception.

Le passage de la nuit Haruki Murakami

L’année dernière, je me suis coltiné à grand-peine les trois tomes de 1Q84. Déjà, à l’époque, je m’étais plainte de la capacité de Murakami à pisser de la copie avec des descriptions aussi minutieuses qu’inutiles et une propension à faire espérer beaucoup en maniant les codes de la SF sans vraiment remplir le contrat. Ses fans m’ont répondu : « Tu n’as pas lu le bon ! », « il est meilleur sur des livres courts ».

Au hasard d’un passage en librairie, où Murakami bénéficie toujours de très belles mises en place, je tombe sur « Le passage de la nuit ». Le titre en lui-même recèle une promesse. 230 pages. Nouvelle tentative, pleine d’espoir et d’optimisme.

Pourtant, cette nuit s’est transformée en deux mois de lectures épisodiques. La capacité de l’auteur à m’endormir en moins d’un chapitre n’a pas aidé — mais doit être portée à son crédit —, l’insomnie est une compagne familière.

Alors pourquoi ça ne marche pas chez moi ?

Je vous copie ici un paragraphe assez typique de l’ambiance du récit :

« Dans le magasin 7-eleven, Takahashi, son étui à trombone sur l’épaule, choisit de la nourriture d’un air sérieux. C’est ce qu’il mangera au réveil, une fois qu’il sera rentré chez lui et qu’il aura fait un somme. Le magasin est désert. Le haut-parleur du plafond diffuse « Bakudan Juice » de Suga Shikao, Takahashi prend un sandwich thon-salade sous emballage plastique, puis soulève un pack de lait et compare les dates. Dans sa vie, le lait est un aliment qui revêt une grande importance. Il ne veut rien négliger. »

Alors je ne sais pas vous (et votre avis m’intéresse), je trouve le style d’une platitude navrante mise au service de détails anecdotiques. Cette volonté de précision sur des évidences comme le « sous emballage plastique » m’irrite. Les faits et gestes sans grande signification, comme la comparaison des dates de péremption, m’ennuient d’autant plus qu’elle est partagée par plusieurs personnages. L’angoisse de l’intoxication alimentaire serait-elle l’un des sous-thèmes du livre ? Même pas.

Autre détail agaçant : l’évocation régulière de titre de chansons et de leurs interprètes sans vous en dire plus. Murakami est un mélomane, et il use et abuse de ce procédé pour ambiancer son roman. Hélas, lui et moi, n’avons pas partagé la même playlist et se résume à du name dropping. Dans 1Q84, il citait des marques pour décrire les vêtements de ses personnages. Il précisait par exemple que l’héroïne portait une veste Agnès B. Je ne sais déjà pas à quoi ressemble aujourd’hui une veste Agnès B, mais alors il y a trente-cinq ans…

Mais je manque sans doute de culture musicale, de références en matière de mode et le style est peut-être mal rendu par la traduction. Pourtant, ce n’est pas tout.

Murakami ne tient pas ses promesses

Il allume les mèches de bâtons de dynamite qui n’exploseront jamais. Un petit exemple pour mieux comprendre.

Dans le récit, Eri, une des protagonistes du roman, est plongée dans un sommeil profond qui nous est abondamment décrit, avec le sens du détail évoqué plus haut. Dans ce sommeil, elle est projetée « ailleurs », dans une autre dimension, sans doute une métaphore du rêve. Elle s’y réveille sans qu’il ne s’y passe grand-chose non plus. Elle en reviendra, sans aucune explication, à nouveau endormie.

Un personnage, violent et inquiétant, est décrit dans un chapitre ultérieur :

« Assis à son bureau, Shirakawa fait tourner entre ses doigts un des crayons argentés marqué au nom de la société, en réfléchissant à quelque chose. Ce même crayon se trouvait tout à l’heure sur le sol de la pièce où Eri s’est réveillée. Sur le crayon est gravé Veritech. La pointe en est arrondie. Après avoir joué quelques instants avec, l’homme le pose à côté du porte-crayons sur lequel six autres identiques sont alignés. Il serait difficile de trouver des mines taillées plus fin. »

Alors là, je redresse une oreille, il existerait un lien entre Eri et Shirakawa ? Et je poursuis ma lecture, attendant enfin une révélation, quelque chose… SPOILER Ce crayon est juste une piste lancée en l’air par Murakami pour vous ferrer, cette correspondance ne sera jamais exploitée et toute supposition du lecteur n’engage que lui. Et pour les plus maniaques d’entre vous, les bouts ronds ou acérés des mines de crayon ne signifient rien non plus. L’auteur se plait à générer une ambiance de mystère, de fantastique, voire parfois de SF (dans 1Q84) mais il n’ira pas plus loin parce qu’il ne sait pas plus que vous où ça pourrait le mener. Il multiplie les sujets, donne quelques indications et charge le lecteur de reconstruire le sens, l’intrigue. Et j’ai envie de crier : mais tu vas les boucler tes arcs narratifs, bordel !

Au bout du compte, Murakami me parait écrire du fantastique et de la SF light, comme on parle de soda light, juste assez pour créer des enjeux, des situations qui vont ratisser large et attirer un public peu familier avec ces genres et facile à épater. Son succès prouve que cela leur suffit, et qu’ils se contentent de ce voile mystérieux, plus ou moins poétique, pour éprouver le grand frisson. Les mêmes qui proclament ne pas aimer la SF ou le fantastique se révèlent finalement bon public et pas bien exigeants. Quand on a l’habitude d’une littérature de l’imaginaire plus solide, plus construite, on repart désappointé.

J’ai évoqué à un ami cette nouvelle déception et il m’a dit : « Murakami, faut lire les nouvelles ! »

La Vengeance sans nom de Jeanne Sélène

Parfois j’ai des envies de dragons, parfois d’elfes.

La vengeance sans nom de Jeanne Sélène
La vengeance sans nom

Parfois j’ai des envies de dragons, parfois d’elfes. Des désirs d’imaginaire et de merveilleux, à assouvir au plus vite. Ne me demandez pas pourquoi. On est nombreux dans ce cas. Et les écrivains prêts à nous satisfaire ne manquent pas. Chaque auteur à partir de ces êtres magiques va créer un univers, un monde, une société plus ou moins calqués à partir de chefs-d’œuvre de la Fantasy. Aujourd’hui, je vais vous parler des elfes de Jeanne Sélène. Oubliez Galadriel et Legolas.

Dans la Vengeance sans nom, les elfes sont un peuple assez béni pour jouer, se lier à un arbre et vivre une vie proche de la nature. Une existence joyeuse mais sans profondeur, loin de la spiritualité typique des elfes de Tolkien. Frivoles et insouciants, ils s’amusent et dansent. Rien ne les prépare à affronter l’adversité. Pourtant, les ténèbres et le danger se rapprochent et menacent l’univers d’Astheval, sans que les elfes mesurent l’immensité du mal prêt à s’abattre sur eux.

Grandeur de la tragédie humaine

La jeune elfine Sylvea, dont le compagnon a été assassiné par l’ombre, doit partir vers le monde des hommes pour accomplir sa vengeance et sauver Astheval. Elle y découvre une culture marquée par le tragique, la brièveté de la vie ainsi que des humains capables d’empathie et d’amour. Et l’héroïne, au contact de ces étranges créatures que sont ses nouveaux amis, voit son échelle de valeurs évoluer…

La narration mêle astucieusement sa quête et celle passée d’un autre elfe, donnant du dynamisme et un mystère supplémentaire à l’histoire. C’est bien écrit, fluide, une lecture donc tout à fait recommandable pour les amateurs de fantasy !

PS Pour la petite histoire, Jeanne Sélène féminise les noms d’elfes en retrouvant avec « elfine » une forme féminine déjà employée à la fin du 19e !

Pour retrouver cette histoire en format numérique et papier, c’est ici !

Jeanne Sélène a écrit d’autres romans dans des genres variés fantasy, dystopie, contemporain et jeunesse. https://jeanne-selene.com/